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Mise à jour 10 juin 2007

Le poison

L’avenue Charles de Gaulle à Neuilly devient une curiosité pour la presse étrangère qui ne comprend pas comment une ville si bien gérée peut tolérer ainsi l’assassinat permanent de son environnement. « Aux armes citoyens responsables » aurait sans doute clamé l’homme qui a donné son nom à cette artère. En nombre sans cesse grandissant, les voitures, les camions et les motos en folie circulent sur cette autoroute en pleine ville. L’air irrespirable empoisonne tous les commerces qui la bordent et devient de plus en plus dangereux car l’infiltration est insidieuse, lente et ses méfaits sur la santé ne cesseront de s’accroître avec le temps.

L’avenue Charles de Gaulle est comme un tout à l’égout dont le flot continu surpasse de loin celui de Riverside Drive à New-York, d’Oxford Street à Londres et même le pont du Bosphore à Istanbul. Bientôt elle fera entrer Neuilly au palmarès nauséabond des cites sacrifiés aux dieux de l’automobile.

Paul Valéry écrivait : »Les Français entrent à reculons dans l’avenir en fixant le passé ». Pourraient-ils cette fois faire demi-tour pour regarder le danger en face ?

Et imaginer à la place de l’horreur un nouvel espace dégagé pour des esplanades fleuries et un espace convivial.

Maurice Hendrik Bood,

De l’Association de la Presse étrangère en France

Depuis 1972, le projet existe

Henri Vidal, 77 ans est toujours en activité. Cet X-Ponts, inventeur de la « terre armée », est à la fois ingénieur et architecte. Il y a presque 30 ans il a réalisé un projet d’enfouissement qui fut à deux doigts d’aboutir. La chose n’a donc rien d’infaisable.

Neuilly Promenade : Comment avez-vous été amené à travailler sur ce projet ?

Henri Vidal : En 1970, Albin Chalandon, alors ministre de l’Equipement, se demandait comment relier le périphérique, qui était en construction, à l’artère qui devrait déboucher de la Défense. Comme c’était la grande époque des « dos d’âne » métalliques, il penchait pour une sorte de long viaduc surplombant toute l’avenue.

N.P. : L’horreur absolue, à tous points de vue !

H.V. : C’est exactement ce que je me suis dit. Je suis donc allé trouver Achille Peretti, alors maire de Neuilly, et je lui ai proposé un tunnel. Il m’a tout de suite soutenu à fond. Chalandon s’est laissé convaincre et l’Epad (Etablissement Public pour l’Aménagement de la Défense) a lancé une étude qui a été très loin.

N.P. : En quoi consistait le projet ?

H.V. : Une autoroute souterraine qui débouchait sur le périphérique, encadrée de plusieurs routes secondaires, également enfouies. Le tout était recouvert de jardins et d’équipements collectifs.

N.P. : Pourquoi le projet a-t-il été abandonné ?

H.V. : Il était parfaitement viable, mais le premier choc pétrolier, en 1974, a brutalement renchéri son coût et les pouvoirs publics ont décidé d’attendre. On attend encore : mes études dorment toujours dans un bureau de la Défense.

Neuilly Paradise

Je me vois déjà – plein soleil, chaise longue, parterre de pâquerettes – sirotant à mon balcon le plus délicieux des cocktails : un bol d’air. Sûr, les oiseaux seront au rendez-vous, et pas des pigeons, des vrais qui gazouillent. Il y aura des enfants et leurs mamies d’aujourd’hui qui ne feront plus tapisserie. Les amoureux se bécoteront sur le banc public. Parfois, un agent de proximité passera dans le décor comme sorti d’un film de Jacques Demy. Il aura la frite comme le MCDo voisin qui pourra enfin aligner de coquettes tables sur un trottoir nickel sans jalouser ses cousins californiens.

Si, d’un geste coquet, je relève sur mon front la mèche qui contrarie mon bronzage, le bout de mes doigts restera rose comme la vie dans le nouveau Neuilly. Car aujourd’hui, si je m’avise de mettre le nez à ma fenêtre, il devient tout gris et m’oblige à rire jaune. Survivor le vieux lierre – vestige de mes rêves verts – qui s’étiole dans son pot de terre cuite et recuite est atteint de sclérose en plaque de suie. De cris d’enfants jamais. Leurs saintes mères obligent les petits anges, ployés sous leur cartable, à faire de longs détours pour éviter l’enfer. Quand aux grands-mères, elles fuient l’avenue-cimetière. Plus d’une en traversant a failli y laisser des plumes de son bibi.

Des baisers d’amour ici, n’y songez pas. On en sort à bout de souffle. Et ils se terminent rarement dans des draps blancs. La poussière voyante et voyeuse, se glisse jusque dans les alcôves. D’ailleurs, la nuit, on ne compte pas les moutons mais les camions. A vivre sur l’artère où la tension monte jusqu’à 60 (le nombre de véhicules à la minute) on risque l’infarctus. Mais les Neuilléens ont le cœur bien accroché. Ils aiment leur village qui bientôt leur fera le plus sympa des cinémas. Au film cauchemar succédera le rêve en technicolor. Un peu de patience et sur les pavés, on verra la plage. Avant mai 2068, espérons-le !

Anne-Marie Corre

Rédactrice en chef de Paris-Match

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Pour l’enfouissement de l’avenue Charles de Gaulle (RN13) à Neuilly-sur-Seine entre la Porte Maillot et la Défense
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