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Mise à jour
10 juin 2007
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Le Monde daté du 23 mai 2008
ENTRETIEN AVEC PATRICK DEVEDJIAN (Président du Conseil Général
des HAUTS-DE-SEINE)
"M. Delanoë ne veut pas partager la richesse
de Paris"
Nicolas Sarkozy a relancé avec force, mardi 20 mai, le débat
sur les transports en Ile-de-France. "Si l'Etat doit
reprendre la main, l'Etat la reprendra", a déclaré
le président de la République, à Orléans,
à propos du RER A.
La ligne qui traverse Paris d'est en ouest est la plus chargée
d'Europe. Une pétition d'usagers circule pour
dénoncer la saturation du réseau. Le président (PS)
de la région, Jean-Paul Huchon, qui préside aussi le Syndicat
des transports d'Ile-de-France (STIF), a aussitôt rappelé
que l'Etat, "seul actionnaire de la RATP", était
comptable des engagements "non tenus" de l'entreprise publique.
Dans une interview au Monde, Patrick Devedjian, président (UMP)
du conseil général des Hauts-de-Seine,
revient à la charge, en imaginant la création d'un "STIF
d'Etat".
L'Etat doit-il piloter les transports en Ile-de-France ?
L'Etat doit se saisir, d'une façon ou d'une autre, de l'ensemble
de la politique des transports dans la région. Le
STIF, présidé par Jean-Paul Huchon, n'est pas à la
hauteur de la tâche. Dans le cadre du Grand Paris, je propose
que l'Etat reprenne en main le STIF et élargisse ses compétences
aux grands axes routiers (A86, périphérique...).
Il serait alors en mesure de proposer un projet à vingt ans d'équipements,
financé bien sûr notamment par les
collectivités locales.
La décentralisation du STIF a été engagée
par la loi du 13 août 2004. Vous étiez alors ministre. Regrettezvous
cette décision ?
Je ne veux pas revenir au système précédent. Avant
2004, le STIF était déjà dominé par la RATP,
qui a ses
propres objectifs de développement sans vision globale, et par
Paris. Résultat : Paris absorbait déjà l'essentiel
des
crédits de transports à son profit. Depuis que le STIF est
piloté par la région, cela s'est aggravé. Le tramway
parisien des Maréchaux a pompé une bonne partie des moyens
du STIF, alors qu'il ne profite guère aux
banlieusards.
Paris a la meilleure offre de transports du monde et la moins coûteuse
pour les usagers. A contrario, les habitants
de la grande couronne, souvent plus modestes, payent leur Carte orange
deux fois plus cher que les Parisiens
pour des transports vétustes qui ne fonctionnent pas.
Faut-il enfouir la RN 13, qui relie Paris à la Défense ?
Le nouveau maire de Neuilly-sur-Seine, Jean-
Christophe Fromantin (div. droite), ne veut pas "porter seul"
le projet longtemps défendu par M.
Sarkozy.
Le nouveau maire veut que cette autoroute urbaine, une des plus chargées
d'Europe, qui traverse sa ville, soit
enfouie ; mais il ne veut ni payer ni subir les désagréments
des travaux. C'est à mon avis une position un peu
démagogique.
Pour le financement, il faut des solutions innovantes, comme par exemple
la construction de quatre tours à
Neuilly qui rapporterait à la ville de quoi participer au chantier.
Le département pourrait aussi contribuer.
Les Hauts-de-Seine partageraient-elles leurs recettes de taxe professionnelle
avec Paris et les autres
collectivités comme le réclame Bertrand Delanoë, le
maire de la capitale ?
Je suis prêt à créer une taxe professionnelle unique.
Mais je ne suis pas d'accord pour payer pour la Seine-Saint-
Denis par exemple. Les deux départements ont été
créés en même temps, en 1967. Ils étaient sur
un pied
d'égalité. La droite a bien géré les Hauts-de-Seine,
la gauche a fait d'autres choix, dont la Seine-Saint-Denis paie
les conséquences. C'est un peu sommaire de nous dire aujourd'hui
: "Vous avez bien investi, donnez-nous une
part de votre argent pour financer nos politiques sociales !"
De même, arrêtons de vouloir punir la Défense au motif
qu'elle se développe. C'est le poumon de la croissance
en Ile-de-France.
Vous prônez une communauté urbaine pour le Grand Paris. N'est-ce
pas illusoire ?
Toutes les grandes villes de France l'ont fait, sauf Paris. Si M. Delanoë
est prêt à mettre en commun ses recettes
fiscales, pourquoi ne propose-t-il pas de créer une communauté
urbaine (qui permet la mise en place d'une taxe
professionnelle unique) ? En vérité, il ne veut pas partager
la richesse de Paris. La capitale est pourtant une ville
de privilégiés. Outre les transports, moins chers qu'ailleurs,
les impôts locaux y sont très faibles.
M. Delanoë continue d'enrichir le budget de la ville en transformant
des logements en bureaux, ce qui explique
que la capitale n'ait que 14 % de logements sociaux. Et qu'une partie
de ses habitants sont contraints de se loger
ailleurs. En Seine-Saint-Denis par exemple.
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